19.06.2008
C. Ronaldo et Ballack se retrouvent encore...
Cristiano Ronaldo, sciemment supérieur

Maintenant, on peut l'appeler Ronaldo tout court. Plus besoin de mettre Cristiano devant. A 23 ans seulement, le génie portugais ferait presque oublier son homonyme brésilien, aujourd'hui en fin de route. A un détail près: le palmarès. Histoire de coudoyer le double champion du monde dans la légende, l'attaquant de Manchester United doit remporter une compétition majeure avec son équipe nationale. Il le sait. Il le veut. Ses larmes de gosse après la désillusion finale devant la Grèce à l'Euro 2004 ont fait de lui une icône nationale. Cette année, il s'agit d'idéaliser le mythe en offrant un premier trophée à la Selecçao. «Je veux tout gagner», répète-t-il, comme buté, sciemment supérieur.
Ronaldo, c'est le conte de fées - pour adultes - parfait. L'enfance dans un taudis à Madère, le décès du père alcoolique, l'ascension folle balle au pied et rage au ventre, l'exil, la gloire et puis l'argent - son salaire mensuel s'élève à 656 milliards, primes et contrats publicitaires non compris. Tout est si beau et, pourtant, tout aurait pu être si terrible. «Mon quatrième enfant a vu de près les dangers de la dépendance. Ça l'a endurci», explique sa mère, Dolorès Aveiro, dans L'Equipe Magazine. «Lui, son unique dépendance était le ballon. Si Cristiano n'était pas devenu footballeur professionnel, il se serait perdu! Il serait certainement devenu accro à la drogue ou un truc terrible de ce genre. Tant de ses copains du quartier sont tombés dedans. [...] Il aurait eu du mal à mener une vie stable. Heureusement, il avait ce don.»
«J'assume. C'est moi»
Cette «dépendance» au cuir a longtemps nui à son rendement sur le terrain, où il s'est souvent montré égoïste et en panne de discernement. «Oui, je sais, parfois j'en fais un peu trop et je perds la balle», a-t-il admis un jour. «J'assume. C'est moi. Je suis un compétiteur. Toute ma vie, j'ai dû me battre pour accomplir mon rêve. Alors je dribble pour gagner.»
A Manchester, sous les ordres de sir Alex Ferguson et de son adjoint Carlos Queiroz, un compatriote, Ronaldo a épuré son jeu. Il met désormais ses exceptionnelles qualités au service d'un collectif. Ses prestations depuis le début de l'Euro, face à la Turquie puis la République tchèque, confirment la tendance: l'homme, toujours aussi déroutant, a gagné en maturité et en réalisme. Auteur de 42 buts en 49 matches avec Manchester United cette saison, il s'est déjà adjugé le championnat d'Angleterre et la Ligue des champions.
Grand favori au Ballon d'or 2008, Ronaldo fantasme sur une apothéose, le dimanche 29 juin à Vienne. «C'est un rêve mais l'équipe joue très bien et je suis très confiant: il peut se réaliser», déclarait-il mardi en conférence de presse, sourire en coin quoique assailli de tous côtés. Sur le marché des transferts, on ne le laisse pas non plus tranquille. A nouveau interrogé à propos du pressing effréné qu'applique le Real Madrid afin de s'attirer ses grâces, le prodige botte en touche: «Monsieur Scolari a décidé (ndlr: le sélectionneur portugais vient de signer pour Chelsea), c'est bien, mais moi, je ne parlerai de ma situation personnelle qu'à la fin de l'Euro.»
La fin de l'Euro, c'est peut-être pour ce soir en quart de finale face à l'Allemagne. Ou peut-être pas. L'issue de la rencontre devrait dépendre en grande partie de la prestation de Ronaldo, l'homme qu'on n'a plus besoin d'appeler par son prénom.
L'énigme Michael Ballack

Pour Michael Ballack, bientôt 32 ans, le temps presse. De plus en plus souvent comparé au Poulidor du foot allemand - défaites en finale du Mondial 2002 puis en demi-finale de l'édition 2006, revers en finale de la Ligue des champions avec Bayer Leverkusen en 2002 et Chelsea cette année -, le meneur de jeu de la Mannschaft jure ne pas trop se préoccuper de son palmarès. Il brandit ses quatre titres de champion et ses trois Coupes d'Allemagne en assurant qu'il ne regrette rien. En attendant, les années passent et l'absence de toute consécration internationale pour l'un des joueurs les plus doués de sa génération ressemble toujours plus à une incongrue fatalité.
Très vite comparé aux plus grands, à commencer par le Kaiser Franz Beckenbauer, Ballack le discret peine à satisfaire toutes les attentes. «Ça m'est égal qu'on cherche à me situer dans une certaine hiérarchie. Je sais que je suis un joueur important, ça me suffit», disait-il au début des années 2000, époque de son affirmation définitive en Bundesliga. Eduqué dans les faubourgs de Karl-Marx-Stadt, le jeune Michael n'a pas de vocation pour le statut de star. D'ailleurs, l'idole de son enfance n'est autre que le fort méconnu Rico Steinmann, milieu de terrain de l'ex-RDA et du BSG Motor - devenu le FC Chemnitz après la chute du Mur. «Je viens d'une autre Allemagne. Quand j'étais gamin, nos héros étaient ceux qu'il nous était donné de voir. Mon horizon fantasmatique se limitait au FC Chemnitz, être le successeur de Rico me faisait rêver», se rappelle-t-il dans les colonnes de L'Equipe Magazine.
Le sacre manquant
Michael Ballack, qui a inscrit lundi sur un coup franc supersonique face à l'Autriche son 37e but en 84 sélections, a supplanté son modèle depuis belle lurette. Mais il a tendance à manquer la marche décisive au moment d'accéder au triomphe suprême. Sera-ce pour cette fois-ci? A l'image de toute son équipe, le patron ne crève pas l'écran depuis le début de l'Euro. Il a pourtant réalisé une formidable fin de saison avec Chelsea, après dix-huit premiers mois de galère notamment plombés par deux opérations à la cheville. A Londres, où tabloïds et supporters ont un temps baptisé sa Ferrari blanche «l'ambulance», il a fini par remporter sa «bataille permanente pour être dans l'équipe et y avoir de l'importance». Son vrai départ chez les Blues remonte en fait au 19 décembre dernier, sous les ordres d'Avram Grant, successeur d'un José Mourinho avec qui le courant n'est jamais passé.
Ballack aborde a priori l'Euro dans les meilleures conditions possible. Lors de la première phase toutefois, il piétine plus souvent qu'à son tour. Gestion intelligente du capital énergétique afin de mieux briller, ce soir en quart de finale? Ou propension tenace, pour ne pas dire naturelle, à ne pas donner le meilleur de soi-même lorsque tous les projecteurs se braquent, lorsque les attentes se font plus pressantes? «J'ai reçu une très bonne éducation. Il fallait montrer au monde que nous étions forts et ce, quelle que soit l'activité choisie», rétorque cet étonnant croisement entre l'esthète et le Panzer lorsqu'on lui reproche de ne pas savoir enfoncer le clou de ses aspirations.
Un titre international, voilà tout ce qu'il manque à Michael Ballack pour couronner sa carrière. La dernière Ligue des champions lui a échappé au terme d'une séance de tirs au but face au Manchester United de Cristiano Ronaldo. L'Euro lui sourira-t-il? «J'espère pouvoir être encore là pour la Coupe du monde 2010», prévient-il, des fois que cela ne soit pas pour ce coup-ci.
Source Le Temps
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