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22.06.2008

Diouf sous l'arbre à palabres

Au Mondial 2002, un débordement d’El Hadj Diouf a permis au Sénégal de terrasser la grande France. Six ans après cet exploit, les frasques d’El Hadj ont fait plus parler de lui que ses performances sur le terrain. De passage à Abidjan avec les Lions de la Téranga, l’attaquant de Bolton, en Angleterre, s’est confié à Top visages.

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• C’est la première fois que tu viens à Abidjan ?
- Oui. Jusque-là, ce que je savais d’Abidjan, c’est des amis comme Abdoulaye Méité, Didier (Drogba, ndlr), Kolo Touré, Emmanuel Eboué… Aujourd’hui, je suis content d’être là. J’espère qu’Abidjan va nous porter bonheur pour le Mondial 2010 comme la Gambie l’a fait sur la route du Mondial 2002.

• C’est bizarre mais, tu es assez différent de l’image que tu donnes sur les terrains de foot…
- L’image ne reflète pas ma personne (il rit). Là, on parle tranquillement. Je suis sûr que tu es surpris de me voir si calme. En fait, quand je ne suis pas sur un terrain de foot, je suis généralement avec ma famille. J’adore jouer avec ma fille dans ma piscine. Des fois, je la prends et on sort avec des amis, il m’arrive d’aller à la plage, au cinéma avec ma fille.

• D’où vient-il que tu es si impulsif, voire méchant pendant les matches ?
- Je suis impulsif sur le terrain parce que je n’aime pas perdre, d’ailleurs personne n’aime pas perdre. En fait, je suis un mauvais perdant. L’autre raison qui fait que je suis si impulsif sur le terrain, c’est que j’ai eu une enfance difficile. Enfant, je ne connaissais que la bagarre, les rapports de force. Même aujourd’hui, quand je vais quelque part et que quelqu’un veut me manquer de respect, je lui montre tout de suite d’où je viens. Je suis un homme, un vrai. Ce n’est pas parce que je suis footballeur que je suis moins homme. Dans la vie, la moindre des choses qu’on peut me donner, c’est le respect

• En dehors des terrains, tu traînes aussi une sulfureuse réputation
- Les gens vont toujours parler de moi, ils vont toujours parler d’Eto’o, de Drogba. C’est ça aussi la rançon de la gloire. Mon image de bad boy que les gens véhiculent attire les regards sur moi. Mais je le vis bien parce que ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas du tout ce que les gens disent. Mes proches me connaissent et savent que j’ai un cœur magnifique.

• …
- Je suis moi-même. Le problème, c’est que je suis tellement moi-même que tout ce que je fais, c’est naturel, c’est peut-être ce qui dérange. Je te donne l’exemple de quelqu’un qui est incompris comme moi, mon pote Nicolas Anelka. Il y a des gens comme ça sur terre que les autres ne cherchent pas à comprendre.

• Tes frasques en boîte de nuit…
- (Il coupe) Il y a plein de conneries qu’on dit sur moi. Les histoires avec les filles, les frasques en boîte de nuit etc. C’est comme cette histoire selon laquelle je suis sortie en boîte de nuit à la veille d’un match à la CAN 2008. Je ne suis jamais sortie à la veille d’un match. Je suis un joueur professionnel, je joue en Angleterre. Là-bas on ne connaît même pas la mise au vert. Avant un match, on est en famille, on prépare le match comme on veut. Le jour j, si le match est prévu pour 15 heures, on arrive à 13 heures 45 dans les vestiaires. Quand on finit de jouer, chacun retourne chez lui…Un footballeur, il faut le laisser faire ce dont il a envie pour préparer son match. C’est sur le terrain qu’on doit juger un footballeur. Les gens on tendance à me juger hors des stades, je dis non ! Jugez moi sur le terrain…
Je t’assure que le journaliste qui a écrit que j’étais sorti à la veille d’un match s’est rendu compte qu’il avait fait une bêtise, il m’a présenté des excuses après.

• O.K. Mais à côté de ça, tu as porté main à une femme en boîte de nuit (En 2005 il a giflé la seconde épouse de son ami Kalilou Fadiga, ndlr)
- Il y a eu une petite histoire entre nous, c’est vrai. Mais, ce n’était pas aussi grave que les gens le disent. Par exemple, il n’y a pas eu de mandat d’arrêt international contre moi.

• Dernièrement Samuel Eto’o a agressé un journaliste au Cameroun, c’est le genre de chose que tu peux faire ?
- Oui, ça peut m’arriver. Nous ne sommes que des humains, et ça arrive de péter les plombs. Ecoute, même quand toi, le concerné, tu n’as pas mal pour ce que les journalistes écrivent sur toi, ceux qui t’aiment ont mal et tu penses à eux.

• Dis-moi : tu as quelqu’un dans ta vie ?
- Oui, j’ai une compagne, nous sommes ensemble depuis bientôt dix ans. J’ai un enfant (une fille), j’attends un deuxième.

• Quel genre de père es-tu ?
- (Il sourit) Je suis un bon père, s’il faut être sévère, je le suis, s’il faut être très gentil avec ma fille, je le suis aussi. Chez moi, je ne suis pas du tout râleur, il n’y a que sur le terrain que je râle. La vie est tellement belle aujourd’hui qu’il faut bien la vivre et donner la meilleure éducation à ses enfants.

• Comment ta compagne vit-elle toutes ces choses qui se disent sur toi ?
- Tu sais, c’est quand quelqu’un ne te connaît pas qu’il peut croire tout ce qu’on raconte sur toi. Ma femme, elle me connaît, elle sait comment je suis… Face à tout ce qui se dit sur moi, je suis blindé, je suis intouchable. Les gens peuvent dire et écrire ce qu’ils veulent ça ne me touche pas. Je sais où mettre mes pieds, je sais quoi faire dans ma vie.
J’ai dit à mes parents que je voulais être footballeur, grâce au travail, j’ai réussi à le devenir alors, qu’ils me laissent faire. Je leur ai aussi demandé de me faire confiance et de ne pas écouter ceux qui racontent des choses sur moi parce que ceux qui racontent ces choses-là aimeraient être à ma place.

• Quel est le dernier geste que tu fais avant de monter sur un terrain ?
- Avant de monter sur un terrain j’appelle ma mère. Après, je prie le bon Dieu, son prophète Mahomet et Cheich Amidou Bamba (le chef spirituel des mourides au Sénégal, ndlr).

• Un musulman, ça ne boit pas d’alcool
- Moi, je suis croyant, mais je bois de l’alcool. Les gens disent souvent qu’il ne faut pas faire telle ou telle chose. Mais le Coran, Dieu l’a confié au prophète seul, il n’y avait personne d’autre. Juste pour dire que mon rapport à Dieu est personnel et Dieu seul me jugera. Parce que je crois en lui, je crois en son prophète et je crois en Cheich Amidou Bamba.

• J’ai remarqué que dans tes interviews, tu parles beaucoup de ta mère…
- Ma mère est tout pour moi. Si je suis devenu ce que je suis, c’est parce que j’ai eu l’éducation qu’il fallait. Ma mère était toujours là pour moi.

• Mais jamais de ton père.
- Mon père est là, je l’ai tout le temps au téléphone quand je suis hors du Sénégal. Mais l’intimité que j’ai avec ma mère, je ne l’ai pas avec lui. Il y a aussi que je suis un garçon et j’aime bien protéger ma mère alors je suis plutôt du côté de ma mère et de ma grand-mère.

• Tu as combien de frères et sœurs ?
- J’ai pas mal de frères et sœurs. Du côté de mon père, nous sommes sept ou huit. Chez ma mère, nous sommes cinq. Mes frères ne sont pas tous à ma charge. Il y en a qui travaillent, je les aide quand je peux. Et puis aider quelqu’un, ce n’est pas que l’argent. Aider quelqu’un, c’est aussi le côté psychologique, moral etc. En tout cas, mes frères sont toujours derrière moi, je m’entends très bien avec eux, ils viennent me voir en Angleterre.

• Parle-nous de ton enfance.
- Je ne vivais pas dans une maison avec piscine, ce n’était pas la fête tous les jours. Je ne mangeais pas ce que je voulais, je n’avais pas les dernières baskets à la mode, je n’avais pas non plus les vêtements à la mode… J’étais déjà un bad boy quand j’étais petit. Je me bagarrais comme tous les enfants terribles, mais je n’ai jamais touché à la drogue, je n’ai jamais volé. Aujourd’hui, grâce à ma mère et à ma grand-mère qui se sont occupées de moi avec les moyens du bord, je m’en suis sorti. Je suis allé en France par hasard. J’avais 14 ans et je jouais pieds nus dans la rue quand quelqu’un que je ne connaissais même pas m’a pris et m’a fait partir en France. Là-bas, j’ai intégré le centre de formation de Sochaux…

• Le plus important dans la vie pour toi, c’est quoi ?
- Pour moi, le plus important dans la vie, c’est le respect. Je respecte tout le monde alors, je veux qu’on me respecte en retour. J’ai ma vie, je m’occupe de ma famille, je ne fais de mal à personne, je n’ai tué personne, je n’ai pas vendu de la drogue pour avoir ce que j’ai. J’ai travaillé très dur pour en être là alors, je veux que les gens respectent ma façon de vivre.

• Comment tu t’imagines dans 20 ans ?
- Je ne sais pas parce que pour l’instant je vis au jour le jour. Je ne me prends pas la tête. Mais plus tard, j’aimerais aider les jeunes Africains qui n’ont pas les moyens à devenir footballeurs professionnels. Il faut que je redonne au football ce qu’il m’a donné. En tout cas, après ma carrière, je transmettrai ce que j’ai appris aux jeunes. Je peux être entraîneur, président de club. Je peux aussi sillonner l’Afrique pour dénicher des talents.

• Autre chose : il y a quelques temps tu avais décidé d’arrêter de jouer pour l’équipe nationale du Sénégal
- Oui, je voulais arrêter parce que quand on a affaire à des footballeurs professionnels, il faut se comporter en professionnel. C’est un message que je voulais lancer aux dirigeants du football sénégalais. On quitte nos clubs pour venir jouer pour le pays, il nous faut des dirigeants qui soient à la hauteur. Or à l’époque, les primes n’étaient pas payées à temps, les billets d’avion n’étaient pas remboursés à temps etc.

• Oui mais, tu ne peux pas exiger les conditions que ton club t’offre en sélection, ce ne sont peut-être pas les mêmes moyens.
- Pourquoi pas ? S’il y a quelque chose de bien chez les Européens, pourquoi on ne copie pas ? Il faut avancer dans la vie. Il n’y a pas de honte à copier ce qui est bien chez les autres. Avant, il n’y avait que trois ou quatre joueurs professionnels dans les sélections africaines, aujourd’hui tous les sélectionnés sont des professionnels alors, il faut professionnaliser les encadrements. Quand la FIFA ou la CAF décide qu’un match se joue à 15 heures, il se joue effectivement à 15 heures. Alors, je ne vois pas pourquoi on ne paierait pas les primes en temps et en heures. Aujourd’hui, l’Afrique a d’excellents joueurs mais souvent, on n’a pas les dirigeants qui vont avec. Mais je reconnais que les choses se sont améliorées au Sénégal sur ce sujet.

• Il y a peut-être les conditions qui n’étaient pas bonnes, mais sur le terrain, toi et les Lions de la Téranga avez perdu la rage de vaincre qu’on vous connaissait en 2002
- C’était la grinta, la rage de vaincre sénégalaise. A l’époque, on avait une équipe où tout le monde se défonçait. Chacun jouait pour l’autre. La preuve en 2002-2003 les trois meilleurs joueurs africains étaient des Sénégalais. C’est pendant cette période-là que j’ai gagné mes deux Ballons d’or africains. J’avoue qu’on l’avait un peu perdu. Mais, c’est en train de revenir. L’équipe du Sénégal est en train de revenir à son meilleur niveau. Dans ces éliminatoires CAN-Coupe du monde, nous avons battu l’Algérie, nous avons fait un match nul en Gambie en jouant à 10 contre 12, parce que l’arbitre jouait pratiquement contre nous. Si on continue sur cette lancée, on pourra aller très loin.

• …
- A ce sujet, je voudrais dire aux Ivoiriens qu’il est plus facile de jouer contre le Brésil que contre des équipes comme Madagascar, Botswana etc. Contre le Brésil, par exemple, le jeu est ouvert, chacun peut s’exprimer sur le terrain. Or, contre des équipes supposées plus petites en Afrique, on vous attend, on joue derrière. Je demande aux Ivoiriens d’être derrière leur équipe et de croire en elle.


Source Top Visages

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